Mondanités et désespoir.

Libération, 5 décembre 1979
Ces années 70 n'en finissent pas de se terminer, et moi qui ai déjà mis un doigt dans l'engrenage, je me demande encore si les années 80 vont réellement signifier la délivrance que nous attendons en vain. Je commence à douter et de jour en jour je vois s'assombrir cette décennie de lumière, de jour en jour les ténèbres se font plus épaisses et cette nuit qui autrefois était peuplée de fashes incandescents et de joies passagères, cette nuit se fait de plus en plus sombre et je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions. Les amis se font plus rares, ils sont de plus en plus distants. Encore un mois d'agonie avant la délivrance, encore un mois à avoir faim et soif de plaisir, à arpenter des rues noires à la recherche d'un gars habillé tout en noir : il est toujours en retard mais la première chose que vous devez savoir est qu'il faut toujours attendre... Encore un mois à chercher la force de s'éloigner du désespoir car, après une seconde d'inattention, il revient au galop, encore un mois à errer entre deux registres : le réel et l'imaginaire, deux registres qui s'interpénètrent étrangement, indissociables et pourtant intimement liés, deux registres entre lesquels ma raison vacille, mais je ne suis pas assez fort pour défaire les noeuds borroméens.

Alain Pacadis. Nightclubbing. Ed. Denoël X-trème.

J'avais posé l'hypothèse que le société dans laquelle on vit est directement issue des années 80. J'avais posé l'hypothèse que dans les années 70 tout pouvait être possible. J'adore la façon qu'a Pacadis pour décrire ces années là (à venir) : Froides, impersonnelles, futuristes. Il s'était à peine trompé... Alors maintenant que le traité sur la constitution fasse qu'on rase gratis, je m'en branle. Je voterai oui par simple souci d'avancer dans l'histoire. Je voterai Oui. De toute manière, il est beaucoup trop tard pour voter non.
Tellement trop tard.