mercredi 11 mai 2005

Mondanités et désespoir.

Libération, 5 décembre 1979
Ces années 70 n'en finissent pas de se terminer, et moi qui ai déjà mis un doigt dans l'engrenage, je me demande encore si les années 80 vont réellement signifier la délivrance que nous attendons en vain. Je commence à douter et de jour en jour je vois s'assombrir cette décennie de lumière, de jour en jour les ténèbres se font plus épaisses et cette nuit qui autrefois était peuplée de fashes incandescents et de joies passagères, cette nuit se fait de plus en plus sombre et je ne peux pas m'empêcher de me poser des questions. Les amis se font plus rares, ils sont de plus en plus distants. Encore un mois d'agonie avant la délivrance, encore un mois à avoir faim et soif de plaisir, à arpenter des rues noires à la recherche d'un gars habillé tout en noir : il est toujours en retard mais la première chose que vous devez savoir est qu'il faut toujours attendre... Encore un mois à chercher la force de s'éloigner du désespoir car, après une seconde d'inattention, il revient au galop, encore un mois à errer entre deux registres : le réel et l'imaginaire, deux registres qui s'interpénètrent étrangement, indissociables et pourtant intimement liés, deux registres entre lesquels ma raison vacille, mais je ne suis pas assez fort pour défaire les noeuds borroméens.

Alain Pacadis. Nightclubbing. Ed. Denoël X-trème.

J'avais posé l'hypothèse que le société dans laquelle on vit est directement issue des années 80. J'avais posé l'hypothèse que dans les années 70 tout pouvait être possible. J'adore la façon qu'a Pacadis pour décrire ces années là (à venir) : Froides, impersonnelles, futuristes. Il s'était à peine trompé... Alors maintenant que le traité sur la constitution fasse qu'on rase gratis, je m'en branle. Je voterai oui par simple souci d'avancer dans l'histoire. Je voterai Oui. De toute manière, il est beaucoup trop tard pour voter non.
Tellement trop tard.

mardi 22 mars 2005

From Lisbeï to lolo :

Lisbeï me questionne dans un de ces posts à propos de mes lectures.

Je m'efforcerai de répondre à sa requête avec un souci du détail qui, jusqu'alors, n'avait pas tellement éclairé le monde sur mon immense culture littéraire. (wé, des fois, je me la raconte ...)

Donc c'est parti :

1. Combien lisez-vous de livres par an ?

A vrai dire, je lis peu de livres dans l'année. La raison est très simple. Je suis à 20 minutes en bus de mon boulot et je profite de ce trajet pour lire la presse nationale (Libération) dont je suis un fidèle abonné. Néanmoins, on peut observer une pointe plus forte de lecturage pendant mes congés annuels, période où j'alterne gros classiques, bons polars et n'ayons pas peur des mots, grosses merdes faciles. De plus, lors de mes fréquents aller-retours Paris-Mtp, j'ai toujours un livre en cours que je peux continuer sur la plage uniquement en saison (début du printemps-début de l'automne en gros). Ce qui porte la moyenne quand même à un livre par mois. (chiffre revu et corrigé des variations saisonnières)

2. Quel est le dernier livre que vous ayez acheté ?

NightClubbing (chroniques et articles 1973-1986) d'Alain Pacadis. Comme il est dit quelque part dans les archives, j'ai lu Libé très tôt vers 14/15 ans. Pacadis était alors ce que Eric Dahan ne sera jamais, le chroniqueur déjanté de toute la culture underground, capable de descendre en un coup de plume le "Aladdin Sane" de Bowie et de trouver le groupe formé par Ellie Medeiros et Jacno (les stinky toys) bien meilleur groupe punk que les sex pistols (moins radical et moins branché sic!) et surtout capable de ce genre d'aphorisme : "On peut tout faire au Palace, sauf penser." Je crois que ces articles appartiennent déjà à l'Histoire. Je n'ai jamais été aussi heureux de lire un bouquin.

J'ai aussi acheté un recueil de Sagan et un de Duras, évidemment.

3. Quel est le dernier livre que vous ayez lu ?

Avant le Pacadis, j'avais lu "Nos amis les hétéros" de François Reynaert que j'avais trouvé simplement chiant. Il manquait le grain de folie de son précédent bouquin "nos amis les journalistes".

4. Listez 5 10 livres qui comptent beaucoup pour vous ou que vous avez particulièrement apprécié.

In no particular order :
Stendhal (n'importe lequel)
Proust (la recherche...)
Albert Cohen (Belle du Seigneur)
Duras (le ravissement de Lol V. Stein)
Norman Mailer (un rêve américain)
Michel Houellebecq (n'importe lequel)
Tennessee Williams (n'importe lequel)
Alberto Moravia (le mépris)
Gustave Flaubert (l'éducation sentimentale)
Walt Curtis (Mala Noche)

5. A qui allez-vous passez le relais (3 blogs) et pourquoi ?

A Freaky, parce que je sais qu'il adorerait lire le Pacadis, c'est un peu son fils spirituel :-P
A Alexia from Parisse, parce que je veux être sûr de son bon gôut littéraire.
A David, parce que je suis sûr de son bon goût littéraire.

jeudi 23 septembre 2004

Bye bye Blondie (V.Despentes)

Je suis actuellement en train de lire le bye bye Blondie de V. Despentes et je suis agréablement surpris. J'avais déjà essayé de lire quelques pages comme ça de ses autres bouquins, je n'avais alors pas trop insisté. Despentes c'est toujours sulfureux. Et là . Je ne me suis pas posé de questions. Je l'ai acheté. L'histoire c'est la vie d'une ado keuponne période post-punk et pour l'instant j'en suis là . Elle a été internée de force en HP par ses parents et a fait la connaissance d'Eric, un mec d'un milieu très bourgeois qui ne déteste pas la mouvance skin et Polnareff. Autant dire que le contexte social, je le connais. Elle et moi avons *approximativement* le même age. Autant dire que ce bouquin deviendra un film, tant il est témoin d'une époque révolue et si je pouvais en acheter les droits et faire le film, ben je le ferais.
Il y a des passages très forts dans ce livre, notamment lors de son internement en HP. Très forts. Je chialais presque d'ailleurs. Bon ok, Joni Mitchell "For the roses" version big band dans les oreilles, ça n'aide pas non plus. C'est ce que j'aime chez Despentes en fait. Des vraies perles de littérature dans un océan de banalités, de trucs mal écrits, de choses à côté, comme un flamby dans des carottes rapées.
Ca me rappelle Duras tiens. Il faut lire au moins les textes faciles de Duras comme par exemple "la vie matérielle" un recueil de textes finalement proche de l'écriture du blog. Je n'ai jamais cru en l'autoproclamée Durassienne "Christine Angot" qui manquait vraiment de sincérité. Il faut lire à cette occasion l'article sur les familles d'Outreau dans Têtu à la façon du "sublime forcément sublime" de Libération lors de l'affaire Grégory. Vraiment je n'y ai jamais cru. voilà , moi je crois que dans sa folie rêvée ou avouée, Despentes me parait plus juste niveau Durassien.

dimanche 8 août 2004

Lectures estivales.

Lors de mes voyages annuels, je lis beaucoup car je trouve le temps. En fait le temps est tout trouvé, car je n'ai rien d'autre à faire. Pas d'internet, pas de télé, pas de bruit, tout est calme, reposé (entends-tu ...).

En turquie, j'ai lu 4 bouquins :

Nicola Rey : Treize Minutes

Son premier bouquin, pour moi le dernier des 4, à mon avis pas le plus mauvais. Tout Rey est déjà dans ce bouquin.

Frédéric Beigbeder : Mémoires d'un jeune homme dérangé.

Son premier bouquin, pour moi le deuxième des x, à mon avis pas le plus mauvais. Tout Beigbeder est déjà dans ce bouquin. Ce bouquin est très court, il se lit donc très vite.

François Reynaert : Nos amis les journalistes.

Son premier bouquin, pour moi le premier des 3, aucun avis sinon.
Ce livre est absolument hilarant.

Gustave Flaubert : L'éducation sentimentale.
Un classique.

Lire c'est bien pour ton corps.(peer aussi)

samedi 30 août 2003

En fait,

...

Dans le train qui me ramenait de Montpellier, Dimanche dernier, le célèbre 19h37, qui s'arrête à Nîmes et à Valence et qui me déposait 4 plombes et demi plus tard à Paris Gare de Lyon, j'ai eu le temps de lire. Ca oui. Ne parlons pas de la place qui m'a été attribuée sur les banquettes de quatre personnes où l'on ne peut jamais disposer ses jambes comme on veut. Ne parlons même pas non plus du trajet que j'ai effectué en sens inverse. Parlons encore moins des gens qui dès 19h43 font péter le sandwich enveloppé dans du papier d'alu lui même soigneusement rangé dans un sac Auchan qui fait du bruit (crunch crunch). Ne parlons donc pas du véritable festival de nuisances sonores auquel j'ai assisté bon gré, mal gré. Non.

Mais je voudrais dire au chevreuil qui a eu la bonne idée de traverser la voie au moment où le TGV passait, qu'il est mort et qu c'est bien fait pour sa gueule et qu'à cause de lui, on est resté en rade au moins 3/4 d'heures sur la voie. Je ne sais pas ce qu'ils fouttaient. Ils l'autopsiaient le chevreuil ? Ils ramassaient les morceaux ? Voilà , je suis arrivé à Minuit à Paris au lieu de 23h10. Dire que je vais faire du Paris Montpellier Paris tous les quinze jours, j'en suis malade.

Lorsque j'étais à Chypre, j'avais commencé le bouquin de Dominique Noguez sobrement appelé " Houellebecq, en fait " et j'avais bloqué sur la partie où l'auteur étudie de façon presque scientifique le style neutre de Michel Houellebecq. Cette partie est aussi chiante à lire qu'un commentaire de texte de première S. J'avais alors abandonné le bouquin pour lire du vrai Houellebecq : " Lanzarote et autres textes " , un des rares que je n'avais pas lu de lui.Ce trajet me permit donc de finir ce bouquin dans les meilleures conditions possibles.

En fait, Noguez décrit toute une période qui va de sa rencontre avec l'écrivain au tout début des années 90 jusqu'au procès de 2002 où il fut son plus fervent défenseur. C'est plutôt bien écrit, ça se lit aussi facilement qu'un blog, il utilise d'ailleurs le procédé du journal intime, et ça montre relativement bien le milieu des écrivains et des éditeurs du petit carré St Germain des Prés, de ses amitiés et de ses inimitiés. On apprend par exemple que la place d'éditeur chez Flammarion a été proposé à Fred Beigbeder grâce à M. Houellebecq lorsqu'il a été viré de C+ .

Ce bouquin est intéressant quand il tente d'y faire apparaître des côtés méconnus de Houellebecq, souriant, blagueur, profondément visionnaire et intelligent. Il l'est moins quand il insiste sur la dépendance de l'auteur pour la boisson. La scène du Queen est à ce propos un peu déplacée.Il y a aussi ce petit truc énervant que j'avais déjà ressenti en lisant son bouquin sur Duras qui consiste à se faire mousser sous prétexte qu'on est dans le camp d'un auteur quand même très polémiste. Je n'arrive malheureusement pas à rendre plus claire cette idée. Tant pis.

Voilà , je suis arrivé au bout de ce bouquin. J'ai hâte de lire le prochain Houellebecq. En attendant, je vais me lire le dernier Beigbeder. A moins que je lise du Proust. Qui sait ? Je vais avoir le temps. 7 heures de train par week-end tous les quinze jours. Ca kiffe sa race.

jeudi 27 mars 2003

Untitled

[...] Il n'y a plus d'amour, plus de femmes qui jouissent pour la première fois, plus de choses à voir et à entendre.
Il n'y a plus rien à lire ni à envier. Il n'y a plus personne. Il n'y a plus rien à attendre de quelqu'un qui se déshabille. Il n'y a même plus à discuter de ce qu'il reste.
Il ne reste que l'inspecteur Derrick.
Inspecteur Derrick, ce soir 20h50 sur France 3.
C'est volé du "Mémoire Courte" de Nicolas Rey (Au diable Vauvert)